Ainsi débute le prologue de  La Vie de Lazarillo de Tormes (édition Flammarion ; traduction Bernard Sesé)

Je trouve bon, pour ma part, que des choses si remarquables, et peut-être même jamais vues ni entendues, soient connues de beaucoup de gens et ne demeurent pas ensevelies dans le tombeau de l’oubli, car il se pourrait bien que quelque lecteur y trouve quelque chose à son goût, et que ceux-là même qui n’iraient point aussi profond, y prennent plaisir. A ce propos Pline dit « qu’il n’y a pas de livre, aussi mauvais soit-il, qui ne contienne quelque bonne chose » ; d’autant que les goûts ne sont pas tous les mêmes et que pour ce que l’un refuse de manger, un  autre damnerait son âme. Et c’est ainsi que nous voyons des choses dédaignées par les uns, ne l’être point du tout par d’autres. Ainsi, aucun écrit ne devrait-il être déchiré ou détruit, à moins qu’il ne soit fort détestable, mais au contraire communiqué à tous, particulièrement s’il est inoffensif et que l’on puisse en tirer quelque fruit. S’il n’en était point ainsi, en effet, bien peu parmi ceux qui écrivent écriraient pour un seul lecteur, cat cela ne va pas sans peine, et puisqu’ils prennent cette peine, ils veulent en être récompensés, non pas en argent, mais par le fait qu’on voie et qu’on lise leurs œuvres et, le cas échéant, qu’on en fasse l’éloge. A ce propos Cicéron dit : « C’est l’honneur qui produit les arts. ».