Je trouve dans les fichiers de Lucien ce texte de Montaigne :

Livre troisième des Essais de Montaigne, chapitre IV

J’ai autrefois été employé à consoler une dame vraiment affligée ; car la plupart de leurs deuils sont artificiels et cérémonieux :

[Ici, une citation latine de Juvénal dont l’édition que j’utilise propose la traduction suivante :

Elles ont toujours une provision de larmes toutes prêtes à leur poste et attendent qu’elles leur commandent de quelle façon couler.]

On y procède mal quand on s’oppose à cette passion, car l’opposition les pique et les engage plus avant à la tristesse ; on exaspère le mal par la jalousie  du débat. Nous voyons, des propos communs, que ce que j’aurai dit sans soin, si on vient à me le contester, je m’en formalise, je l’épouse ; beaucoup plus ce à quoi j’aurais intérêt. Et puis, en ce faisant, vous vous présentez à votre opération d’une entrée rude, là où les premiers accueils du médecin envers son patient doivent être gracieux, gais et agréables ; et jamais médecin laid et rechigné n’y fit œuvre. Au contraire, donc, il faut aider d’arrivée et favoriser leur plainte, et en témoigner quelque approbation et excuse. Par cette intelligence vous gagnez crédit à passer outre, et, d’une facile et insensible inclination, vous vous coulez aux discours plus fermes et propres à leur guérison.

A bientot

Sidonie, le chat