« Nous estimons à vice notre être. » écrit Montaigne au chapitre V du Livre troisième des Essais.

 

Quelques lignes plus bas, nous lisons :

 

« Quel monstrueux animal qui se fait horreur à soi-même, à qui ses plaisirs pèsent ; qui se tient à malheur ! Il y en a qui cachent leur vie et la dérobent à la vue des autres hommes ; qui évitent la santé et l’allégresse comme qualités ennemies et dommageables. Non seulement plusieurs sectes, mais plusieurs peuples maudissent leur naissance et bénissent leur mort. Il en est où le soleil est abominé, les ténèbres adorées.

Nous ne sommes ingénieux qu’à nous malmener ; c’est le vrai gibier de la force de notre esprit, dangereux outil en dérèglement !

« Hé ! pauvre homme, tu as assez d’incommodités nécessaires, sans les augmenter par ton invention ; et es assez misérable de condition, sans l’être par art. Tu as des laideurs réelles et essentielles à suffisance, sans en forger d’imaginaires. Trouves-tu que ce sois trop à ton aise, si ton aise ne te vient à déplaisir ?  Trouves-tu que tu aies rempli tous les offices nécessaires à quoi nature t’engage, et qu’elle soit manque et oisive chez toi, si tu ne t’obliges à nouveaux offices ? Tu ne crains point d’offenser ses lois universelles et indubitables, et te piques aux tiennes, partisanes et fantastiques ;  et d’autant plus qu’elles sont particulières, incertaines et plus contredites, d’autant plus tu fais là ton effort. Les règles positives de ton invention t’occupent et attachent, et les règles de ta paroisse : celles de Dieu et du monde ne te touchent point. Cours un peu par les exemples de cette considération, ta vie en est toute. »* »

 

 

*Si j’ai bien compris, il s’agit d’une traduction par Montaigne d’un poème de Pseudo-Gallus.

Qui fut Pseudo-Gallus ? Voila ce que j’aimerais savoir.

 

Ecrit un peu plus tard :

 

Sur Internet, je trouve ceci :

Pseudo-Gallus : Il s'agirait de Maximianus, poète latin, originaire d'Etrurie, qui vivait vers 550 ap. J.-C. auteur de six élégies amoureuses. Elles furent publiées en 1501 par Pomponius Gauricus, lequel les attribua à Cornelius Gallus. Voir les Poetae Latini Minores de Baehrens http://www.thelatinlibrary.com/maximianus.html (information aimablement communiquée par Philippe Capelle)