Poursuivant la lecture de L’Ecrivain et son ombre, on trouvera, quelques pages plus loin :

 

« A travers leur histoire, les hommes ont aimé tour à tour les œuvres qui leur parlent de Dieu et celles qui suggèrent leur maitrise du monde ;  celles qui évoquent les présences sacrées qui dominent leur vie, qu’elles en soient l’imploration ou l’exorcisme, et celles qui célèbrent le sacre de l’homme seul ;  les œuvres qui s’accordent au langage de la connaissance et celles qui rejoignent le rêve dans ses galaxies ou dans ses mines souterraines ; celles qui livrent l’individu à sa différence et celles qui le haussent à la communion ; les œuvres qui ont magnifié le monde, celles qui l’ont dévoilé et celles, maintenant, qui le détruisent. Et chaque fois, ce fut avec le sentiment que la voix qui les atteignait ne pouvait pas ne pas les atteindre, comme si l’œuvre agissait en vertu d’une autorité absolue, d’une efficacité naturelle, ainsi qu’une force matérielle agit sur un corps. Mais si cette voix les atteint, c’est qu’ils ont choisi de l’entendre, et qu’elle-même a choisi d’être entendue par eux. Cette présence qui parvient jusqu’à eux, c’est la seule qui puisse passer par la porte qu’ils ont ouverte. Cette autorité qu’ils subissent, ils ont choisi de la subir. C’est à travers tout ce que nous sommes—ce que nous savons, ce que nous voulons, ce que nous pensons et aimons—que l’œuvre, quelle qu’elle soit, nous atteint : et elle ne peut nus atteindre, si irrésistible qu’elle paraisse, qu’en s’accordant à cette confuse et impérieuse totalité.

Aucune œuvre ne frappe notre conscience comme le bruit notre tympan, la lumière notre rétine : l’œuvre n’agit que parce que nus nous prêtons à son action. »